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L’actus
du Pro Bono

Les compétences techniques et manuelles, les grandes oubliées du pro bono ?

Quoi de mieux qu’un déjeuner de rentrée pour célébrer les retrouvailles IRL du Club du Pro Bono ? Au menu, une thématique riche en lien avec l’inclusivité des programmes d’engagement en entreprises !

Cela faisait depuis septembre 2020 que le Club n’avait pas tenu d’événements en présence ! C’est donc avec une joie certaine que j’ai retrouvé des membres du Club mardi dernier sur la terrasse de notre espace de co-working !

Pour rappel, le Club du Pro Bono rassemble celles et ceux qui s'engagent au sein de leur structure pour le développement du partage de compétences (bénévolat/mécénat de compétences). Il est le lieu où l’on imagine ensemble, à travers différents formats et autour diverses problématiques, ce à quoi pourrait ressembler le pro bono de demain afin de contribuer in fine à l’amélioration des pratiques.

Pourquoi une telle thématique ?

La question ouverte qui nous a réuni.es était celle des compétences techniques et manuelles, les grandes oubliées du pro bono ? En imaginant cet événement à la fin de l’année 2020, je suis partie d'un double constat. En dépit de notre meilleure volonté de faire de toute compétence un bien public, à Pro Bono Lab nous engageons majoritairement lors de nos missions des personnes cadres sur des fonctions support liées aux besoins des associations qu’on diagnostique et qu'on accompagne : communication, gestion RH dont celle des forces bénévoles, modèle économique et diversification des ressources financières, etc. D'autre part, lors du premier confinement, celles et ceux qui occupaient des métiers dits de "première ligne", essentiel.les pour la continuité des services de première nécessité, sont loin d'être valorisé.es pour ce qu'iels font (socialement, financièrement...). Iels ont continué à se rendre physiquement sur le lieu de travail, loin des interminables et parfois inutiles réunions Zoom...

Si depuis 10 ans, nous avons pensé et mené des projets pilotes afin d’inclure des profils éloignés de l’engagement par les compétences comme avec l’Explorers Parentalité en partenariat avec Véronique d’Estaintot et Allianz Partners, on en est resté.es à l’état de pilote ! Cela explique en partie notre volonté de généraliser et de démocratiser la pratique du pro bono avec notre nouvelle stratégie et la déclinaison de nos Explorers engageant notamment des jeunes. Ma collègue Camille Bachelard, directrice adjointe du Lab, a d'ailleurs eu l'occasion de l'évoquer aux participant.es, étant donné qu'elle a co-animé ce déjeuner à mes côtés !

3 grands témoins aux regards complémentaires

Pour en parler avec nous, j’ai été ravie d’accueillir Brigitte Antoine, responsable du mécénat et de l’engagement des salarié.es à la Fondation Schneider Electric, Emmanuel Bentejac, co-fondateur et directeur général de la plateforme d’engagement wenabi et Laurence Decréau, déléguée générale du Festival des vocations et autrice de nombreux ouvrages dont Tempête sur les représentations du travail aux Presses des Mines.

Sur le fond, on s’est dit quoi ?

Définitions des termes et ambition du Festival des vocations

Agrégée de lettres classiques et ancienne directrice du département Culture et communication à ParisTech, Laurence Decréau est revenue sur l’étymologie de ces deux termes :
- compétence manuelle : de manus, main en latin qui se focalise sur la main mais qui en réalité englobe l’ensemble du corps et les cinq sens pour percevoir et décrypter la matière, l’objet, l’outil qu’on manipule. Elle déplore qu’on oppose encore trop souvent les compétences manuelles au fait de penser, comme s’il n’y avait pas besoin de réfléchir pour faire ;
- compétence technique : de technè en grec qui signifie l’art, le métier, la compétence dans un métier. Aujourd’hui, elles définissent plus particulièrement l’expertise dans un domaine relevant de la fabrication d’objets, d’outils plus ou moins sophistiqués. Elles nécessitent une connaissance approfondie du fonctionnement de quelque chose de matériel.

Le point commun entre compétences techniques et manuelles est la matière, en opposition aux symboles et aux idées. Justement, les études et les métiers dits intellectuels ont vu leur côte grimper quand ceux des métiers manuels continuent d’avoir mauvaise presse, en particulier pour de nombreux parents. Le poids des représentations, notamment de ce que signifier réussir à l’école ou réussir tout court, continue à entraîner une forte incidence dans le choix des parcours d’orientation. Dans un pays qui sacralise le diplôme comme le nôtre, la différence avec nos voisins allemands et suisses dans le succès de leurs filières professionnelles est souvent citée. En France, avant la pandémie, le nombre de postes non pourvus dans l’industrie était estimé à 120 000… Lancé en mai 2019, le Festival des vocations a justement une triple ambition : rendre du sens au travail, revaloriser le travail manuel et technique et faciliter l’orientation et la reconversion professionnelle. Laurence nous donne rendez-vous les 20, 21 et 22 mai 2022 dans le village drômois de Mirmande !

Appuyée par un réseau de 90 délégué.es réparti.es dans le monde, Brigitte Antoine gère le sujet de l’engagement des collaborateurices au niveau mondial. Des envies d’engagement qui ne sont pas les mêmes d’un pays à un autre. Elle est persuadée que le pro bono peut justement participer à la valorisation des compétences techniques. Il ne s’agit pas seulement de mettre en avant les « soft skills » mais aussi des compétences métiers dont les associations ont besoin.

La collaboration menée à Nice en décembre 2018 avec des électriciens de Dalkia auprès d’Habitat Humanisme en avait été une belle illustration : pendant la journée internationale du bénévolat, mes collègues de l’antenne Méditerranée avaient coordonné l’accompagnement de l’association sur sa recherche de bénévoles (une mission pro bono «classique ») tout en mobilisant des techniciens pour le diagnostic et le remplacement de l’ensemble des luminaires des parties communes d’une résidence, grâce à du matériel offert gracieusement par des fournisseurs locaux !

Cet équilibre à trouver entre les besoins en compétences non pourvues (82% des associations interrogées dans le dernier baromètre de l’Alliance pour le mécénat de compétences déclaraient ne plus pouvoir se passer du mécénat de compétences…) et les envies d’engagement des collaborateur.rices n’est pas toujours un exercice facile.  

Un déficit de valorisation selon les compétences techniques

En effet, derrière les compétences techniques se nichent des profils hyper valorisés comme les ingénieur.es ou les développeur.euses web. Le sujet de la mobilisation de ces compétences spécifiques a d’ailleurs été abordé, du fait des besoins remontés par certaines Fondations et associations, thématique qui a déjà fait l’objet d’échanges au sein du Club en octobre 2019. Nous avions partagé en avant-première les résultats d’une étude conduite par Pro Bono Lab et l’Agence Phare sur les coopérations entre acteurs de l’utilité sociale et ceux de la tech, avec un focus sur le mécénat de compétences.

D’autres profils techniques sont beaucoup moins valorisés comme celles des technicien.nes, de personnes dites de « terrain ». C’est justement sur ces compétences « opérationnelles » que s’est intéressée l’étude menée par wenabi avec le cabinet Be Committed « Engagement solidaire : embarquer les salariés opérationnels ». Emmanuel Bentejac a partagé avec nous les raisons qui les ont poussé.es à se pencher sur le le déficit de participation de ces salarié.es, très souvent soumis.es à des contraintes particulières dans les dispositifs d’engagement des entreprises. En l’absence d’étude sur le sujet, iels ont souhaité identifier les raisons pouvant expliquer cette situation et des leviers d’action, en mêlant entretiens qualitatifs et quantitatifs. En attendant leur événement de restitution le 14 octobre auquel j’ai hâte d’assister, Emmanuel a partagé avec nous trois enseignements :

1- les freins culturels renvoyant à une opposition de principe à toute initiative portée par le siège, la perception de l’engagement comme appartenant à la sphère privée, une incompréhension du projet RSE en particulier des missions de bénévolat/mécénat de compétences, le climat social…
2- l’organisation interne et la communication, c’est-à dire la gestion des absences des personnes qui souhaiteraient s’engager, en particulier dans les domaines de la logistique et de « supply chain », le manque de soutien du management intermédiaire ou encore l’accès à l’information, la multiplication des canaux d’information contribuant à noyer les messages d’autant que ces salarié.es n’ont souvent pas accès à ces outils (adresse mail, ordinateur et/ou téléphone portable professionnels).
3- la définition de programmes d’engagement qui ne sont pas toujours adaptés aux attentes des salarié.es opérationnels en matière de causes soutenues ou du type de formats ou missions proposées.

Si cette étude propose des pistes de solutions, elle ouvre aussi des pistes de réflexion méritant d’être approfondies avec celleux qui le souhaitent !

Engager des cadres et des non-cadres : même combat ?

Je ne peux m’empêcher de voir des parallèles assez saisissants dans les difficultés à engager les salarié.es opérationnelles et les salarié.es cadres. S’il est indéniable que les premièr.es jouissent d’une latitude et d’une autonomie sur leur calendrier et leurs tâches moindre que les second.es (une différence de taille donc), il est intéressant de noter qu’une majorité des freins cités par Emmanuel sont les mêmes que ceux que nos partenaires nous font remonter concernant leurs collaborateurices cadres. Ce qui me fait dire : et si on demandait vraiment et systématiquement aux premièr.es concerné.es si iels ont envie de s’engager sur le temps de travail ? Avoir la réponse à cette question permettrait de faciliter la partie ingénieurie des programmes d’engagement. A ce que s’engager en mécénat de compétences reste un choix libre. De la même manière qu’avant de définir toute stratégie d’engagement des collaborateur.rices, l’entreprise doit se poser la question du pourquoi elle souhaite les engager et à quels besoins elle veut répondre (pour l’entreprise, ses collaborateur.rices sans oublier, évidemment, les associations), je pense qu'elle doit aussi, avant tout, poser la question de l’envie de s’engager sur son temps de travail à ses collaborateur.rices.

👉Pour aller + loin sur le sujet, voici quelques lectures recommandées par nos intervenant.es :
- Eloge du carburateur. Essai sur le sens et la valeur du travail de Matthew B. Crawford aux éditions de la Découverte;
- Tempête sur les représentations du travail de Laurence Decréau aux éditions ParisTech;
- L’élégance de la clé de douze. Enquête sur ces intellectuels devenus artisans de Laurence Decréau aux éditions Lemieux;
- L’entreprise de demain. Pour un nouveau récit de Rodolphe Durand et Antoine Frérot aux éditions Flammarion.

Un grand merci particulier à Brigitte Antoine (Fondation Schneider Electric), Emmanuel Bentejac (wenabi), Laurence Decréau (Festival des vocations), Adélaïde de Tourtier (Fondation PwC), Diane Emdin (Vivendi Create Joy), Candice Galopeau (Fondation PwC), Catherine Langlois (Crédit Agricole S.A.), Lancelot Lefebvre (Fondation EY), Sarah Le Mesre (Fondation Devoteam), Sarah Lourdez (Fondation Accenture), Valentine Maillard (Fondation Pierre & Vacances - Center Parcs), Nina Pivard (Planète Urgence) et Orane Tribouley (Fondation EY) sans oublier mes collègues Camille Bachelard et Elsa Chaucesse !

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