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L’actus
du Pro Bono

Les communautés de l’engagement : comment les faire se rencontrer et (surtout) travailler ensemble ?

Échanger sur ce sujet : une belle manière de clôturer la riche année 2021 du Club !

Le 14 décembre dernier, le Club ouvrait ses portes afin que fidèles et curieu.ses puissent échange sur un sujet ô combien d’actualités.

Il ne vous aura sûrement pas échapper que l’occurrence de ce mot, tant dans les mondes de l’intérêt général que celui de l’entreprise classique, se multiplie. Les « communautés » foisonnent, qu'il s'agisse des communautés d’entrepreneur.euses, d’ambassadeurices ou d’intrapreneur.euses en entreprise, de bénévoles ou autres groupes informels. De nouveaux intitulés de poste apparaissent même, en charge de construire et d’animer ces collectifs. Certain.es s’en réjouissent, y voyant là la volonté de changer les choses collectivement. D’autres se montrent sceptiques et craignent de voir se diluer de bonnes intentions dans la démultiplication de ces groupes, allant jusqu'à l'associer à une habile récupération marketing, reflétant davantage une mode qu'un changement de pratiques.

Si j’ai imaginé cet événement dès la fin 2020, il m’a paru bienvenu de le garder "au chaud" pour terminer l’année, dans la droite lignée de vouloir continuer à créer des ponts entre des personnes de différentes structures et au moment où à Pro Bono Lab nous redéfinissons l’articulation entre nos communautés et dessinons les nouveaux contours du Club.

Pour rappel, le Club rassemble celles et ceux qui s'engagent au sein de leur structure pour le développement du partage de compétences (bénévolat/mécénat de compétences). Il est le lieu où l’on imagine ensemble, à travers différents formats et autour diverses problématiques, ce à quoi pourrait ressembler le pro bono de demain afin de contribuer in fine à l’amélioration des pratiques.

Autour de trois grand.es témoins, nous nous sommes interrogé.es sur ce qu’on entend par « communauté de l’engagement », sur leurs possibles intérêts communs, mais aussi comment (mieux) faire pour que ces différentes communautés de personnes engagées se connaissent, se parlent et fassent ensemble. Est-ce que trop de communautés tue la communauté ? Pour en débattre, j’ai eu la chance de compter sur la présence de supers intervenant.es *:

- Solène Aymon, responsable des communautés à makesense ;

- Jérémy Fayollet, co-dirigeant d’On Purpose Paris ;

- Anne Mollet, directrice générale de la Communauté des entreprises à mission.

* Quentin Bordet des Collectifs n’a finalement pas pu se joindre à nous.

Regards croisés sur des définitions des communautés de l’engagement

Organisation précurseuse et experte du sujet s’il en est, makesense évoque quasi spontanément plusieurs communautés : les Paumé.e.s, ré-action, ou plus récemment le Club des communautés. Cela vient refléter leur métier qui est double : celui d’accompagner des projets à impact d’une part et de l’autre, celui de bâtir des communautés. Un savoir-faire dans l’ADN même de la structure qui s’est organisée sur le terrain il y a 10 ans quand il a fallu apprendre à animer des groupes de bénévoles prêtant mains fortes à des entrepreneur.euses sociaux dans différents pays. Un apprentissage sur le terrain où les équipes de makesense se sont aussi rapprochées d’autres structures pour leur demander comment elles faisaient pour animer leurs communautés. Leur définition de modèle de communauté est le suivant : « un groupe de personnes unies par une vision ou des circonstances semblables et qui agissent collectivement dans un but commun ». Une vision fortement marquée par le passage à l’action qui est le but recherché, au-delà du fait de se retrouver, et une croyance profonde que le collectif le favorise. Une illustration emblématique est celle de la communauté ré-action où des super mobilisateurices animent des groupes de 15 personnes où s’échangent des idées d’action sur une cause sociale ou environnementale qui les touche particulièrement.

La Communauté des entreprises à mission (CDEAM) est une assez jeune communauté dont la création découle de la loi PACTE de 2019. Pour faire vivre et promouvoir l’entreprise à mission comme modèle d’entreprise, la Communauté des Entreprises à Mission agit selon quatre axes : le partage entre pairs, l’enrichissement du modèle, une mission de plaidoyer en France et en Europe et la formation. La vision de la communauté d’Anne est celle d’un "petit groupe" qui se rassemble autour d’une cause commune pour porter une conviction, faire bouger les choses et dans son cas précis celui de porter un modèle d’entreprise avec exigence. Ayant connu une très forte croissance – la CDEAM comptait 150 membres à sa création et en réunit près de 400 actuellement, son plus grand défi est de gérer cette croissance, en se rappelant pourquoi la communauté a été créée avec une attention particulière portée au bien-être de l’équipe : raison d’être, objectifs, indicateurs de suivi et d’impact, comité de mission…

On Purpose Paris est une organisation dont la mission est de permettre à des cadres issu.es de l’économie conventionnelle de se réorienter vers des métiers à impact social et/ou environnemental positif. Leur vision de l’impact est assez large, englobant aussi bien des organisations telles que les associations, ONG, fondations mais aussi des entreprises plus classiques qui respectent un certain nombre de principes comme les entreprises labellisées B Corp ou les entreprises à mission. Pour ce faire, leur équipe anime chaque année des programmes de formation de deux fois six mois, accueillant ainsi deux promotions de deux fois vingt personnes. On Purpose Paris rassemble de fait plusieurs communautés : celles des « associé.es » ( c'est-à-dire les personnes en reconversion suivant le programme), celles des fellow (les alumni des promotions précédentes), dont certain.es officient en pro bono en tant que coach, mentors et formateurices des nouvelles recrues. Sans oublier la communauté des structures qui accueillent les associé.es. Ce qui définit en particulier la communauté des promotions d'associé.es, c’est qu’il s’agit d’une communauté de sens et d’expérience où les sentiments d’appartenance et de confiance y sont très forts (iels ont sauté le pas de reconversion). C’est aussi une communauté de réseau où les gens se soutiennent et partagent des informations sur des offres d’emploi et les organisations qui recrutent.

La communauté comme "organisme vivant"

Quelle distinction entre une communauté et une tête de réseau plus « classique » ? Jérémy situe la nuance dans le fait que les communautés d’On Purpose, notamment celles des associé.es et des fellows, sont des communautés d’intérêts et d’expériences, des communautés personnelles d’abord puis professionnelles une fois que ces personnes en reconversion vont travailler. Pour Solène, on reconnait une communauté au nombre d’interactions entre ses membres et au fait qu’il n’y a pas qu’une seule personne au centre. « J’ai coutume de dire qu’une bonne journée, c’est quand j’ai fait au moins une mise en relation ! ». Pour Anne, là où une tête de réseau défend des intérêts corporatistes, une communauté défend une vision de la société et du collectif qui peut s’en affranchir. Pour elle, une communauté cherche à faire évoluer les modèles, les modes de gouvernance et d’action vers plus d’engagement social et environnemental.

Des exemples de communautés qui font ensemble

Né en mars 2021, le Club des communautés de makesense est parti du constat que leurs partenaires accompagnés en interne rencontraient souvent des difficultés similaires et que pour aller plus loin que des mises en relation sporadiques ou de donner directement des clés en main, Solène et son équipe souhaitaient favoriser l’apprentissage entre pairs. Et ce d’autant qu’il n’existe pas une manière de faire qui puisse être copiée-collée d’une communauté à l’autre. Mêlant moments de rencontres, de formation, de co-développement et d’inspiration, ce Club compte une soixantaine de membres. Des rencontres par typologie de communautés (bénévoles, collaborateurices, consomateurices par exemple) sont également organisées avec une attention particulière aux détails. En préparant l’événement, j’ai réalisé qu’On Purpose Paris offraient déjà concrètement des exemples de communautés qui se rencontrent et travaillent ensemble, à l’instar de Yboo et Impact Collectif fondées par des ancien.nes. Jérémy a précisé que ces initiatives certes « made in » On Purpose n’avait pas été du fait de l'équipe mais qu'elle aime les mettre en avant car elle est convaincue de la valeur et de la force des exemples. Il n’empêche que je les trouve particulièrement intéressantes car elles donnent à voir que la communauté d’expérience est telle à On Purpose Paris qu’elle s’anime et se métamorphose quasiment toute seule.

Une communauté, c'est dy-na-mi-que !

Cette vision rejoint la question de l’animation dans le temps d’une communauté, ou comment maintenir la flamme de ses membres sur le temps long. Sur ce sujet crucial, les conseils de Solène sont les suivants : pouvoir compter sur un noyau dur de membres, cadrer dans le temps, permettre les changements de rôles et de postures aux membres de la communauté, proposer et ancrer des rituels dans le quotidien. Encore une fois, je retiens l’idée que la communauté est tout sauf figée !

Et la taille d’une communauté, ça compte ?

Si une communauté se définirait notamment par le nombre d’interactions et un passage à l’action, vient se poser la question de sa taille. Existe-t-il une taille critique ? Ou à l’inverse, plus une communauté est nombreuse, mieux c’est ?

Pour Anne, la taille sa communauté représente un réel enjeu stratégique interne de gouvernance, notamment au niveau de la création des communautés à l’échelon local. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’objectif pour la CDEAM n’est pas d’avoir pour membre chacune des entreprises qui devient entreprise à mission. Elle évoque l’importance de la notion de chemin à parcourir et de bien garder en tête l’objectif de sa communauté, de « donner du temps au temps » en ne voulait pas aller trop vite en sachant s’éloigner d’objectifs purement quantitatifs d’autant que la croissance de sa communauté a été assez exponentielle. Le rôle d’ambassadeurices est crucial. Pour elle, l’un des objectifs de sa communauté est de faire connaitre le statut des entreprises à mission et d’avoir l’exigence du modèle lié à de la recherche action, pas forcément celui de la représentativité à tout prix.

Comme On Purpose Paris réunit des professionnel.les, la force du réseau et de l’entraide est proportionnelle à la taille de communauté. Elle en démultiplie la puissance. La confiance jouant un rôle fondamental dans la vie d’une communauté, la notion de taille critique a été abordée. Jérémy a conscience que les choses seront différentes le jour où leur communauté, qui compte actuellement 150 personnes à Paris, atteindra le millier de membres. Une communauté qui croit appelle à adapter ses modalités d’action et d’animation. Face au risque de dilution des liens lorsqu’une communauté croit, Solène nous a rappelé que plusieurs études avancent que les tribus s’organisaient autour de 150 personnes, seuil critique avant que la confiance ne s’étiole et que la division en des groupes plus petits ne surviennent. Les équipes de makesense s’en sont inspirées dans la manière d’animer leurs communautés pour maintenir l’équilibre entre la préservation de la confiance et la taille de leurs communautés. Dans la communauté ré-action, des super mobilisateurices s’engagent sur une temporalité précise de x mois pour animer des groupes de 15 personnes. Ce ne sont pas les équipes de makesense qui sont directement en contact avec les 500 communautés ré-action à l’œuvre ! Au-delà de la question de la taille, Solène a particulièrement insisté sur le fait s’interroger sur l’objectif et la direction de la communauté. Une communauté est un moyen mais pas une fin en soi !

Quelles compétences pour construire, animer et fédérer une communauté ?

Je partage avec vous les réponses de nos invité/es. Des éléments de réponses communes comme l’écoute et la capacité à savoir s’entourer ont été mentionnées tout comme d’autres savoir-faire et savoir-être :

- Anne a cité l’agilité, l’humilité, l’organisation, la vision.

- Pour Solène, les compétences essentielles sont celles de l’ingénierie sociale, c’est-à-dire de sincèrement s’intéresser aux autres et de savoir « vraiment écouter » pour comprendre les besoins des membres. La proactivité et donner le tempo et le cadre, ce qui ne veut pas dire s’imposer comme chef.fe et faire à la place de (ex : caler une date et provoquer une rencontre). Garder en tête la vision moyenne et long terme c’est-à-dire savoir prendre du recul et se rendre compte si, comment la communauté nourrit la société, l’association, l’entreprise.

- Jérémy a évoqué la curiosité. Il partagé le contre-exemple de mettre en place des outils avant de s’interroger sur sa pertinence et ses méthodes d’usage pour la communauté.

Quelques conseils pour un.e citoyen.ne qui souhaite créer ou rejoindre une communauté

Y’a-t-il des bonnes questions à se poser pour justement départager entre les deux ? Toustes ont répété à l’unisson l’importance d’éviter de réinventer la roue si une communauté répondant à des objectifs faisant écho à nos enjeux existait déjà. Pour Jérémy, lorsqu’on veut s’engager, il est important de mesurer son effort par rapport à ce qu’on est capable de donner : « On le voit dans nos promotions, pas tout le monde a la capacité de donner à une communauté et le risque est de se brûler les ailes. »

Pour les communautés qui existent déjà, Solène a rappelé l’importance pour ses membres de tendre directement la main autour d’elleux et apprendre à le faire. « Ce n’est jamais un post LinkedIn qui m’a fait rejoindre une communauté ! ».

Pour ce qui relève de la création, Solène recommande d’y aller à deux, d’oser se lancer, notamment en commençant petit et en apprenant à s’entourer et à rapidement recruter.

Selon Anne, il faut oser la complémentarité entre communautés en se basant sur les expertises de chacune afin d’accroitre l’impact collectif. C’est notamment pour cela que la Communauté des entreprises à mission et makense travaillent ensemble en proposant des formations conjointes ou que Anne a intégré le Club des communautés !

Pour la petite histoire, en imaginant ce tour de table, j’étais loin de me douter qu’il existait déjà des liens entre makense, On Purpose Paris et la Communauté des entreprises à mission !

Échanges entre pairs

Après ce jeu de ping-pong, la parole a été donné aux participant.es afin qu’iels posent directement leurs questions aux intervenant.es et à la salle et partagent leurs expériences : comment éviter de tomber dans l’entre-soi, comment réussir à fédérer différentes communautés, faut-il privilégier la thématique ou bien le territoire et la langue pour les communautés à l'international, quelles sont les clés pour créer une dynamique de communauté, comment valoriser des membres de sa communauté.

Bref, de riches échanges qui je l’espère laisseront place à l’action commune en 2 0 2 2 😉

Un grand merci à Solène Aymon (makesense), Jérémy Fayollet (On Purpose Paris) et Anne Mollet (la Communauté des entreprises à mission) de leur disponibilité et d’avoir répondu à mes questions. Merci aussi aux membres du Club présent.es : Diane Emdin (Vivendi Create Joy), Fabienne Marqueste (Fondation EY), Sarah Meller (Crédit Agricole S.A), Magali Regnault (Fondation Devoteam), Orane Tribouley (Fondation EY). Et aux participant.es : Benoît B. (Synlab), Anne C. (microdon), Jean-Luc C. (Cordia) Antoine de C. (Collectif insertion réfugiés) Caroline de P. (Entourage), Caroline de S. (Groupe ADP), Etienne G. (Planète Urgence), Bastien G. (Afuté), Clara G. (Entourage), Olivia H. (Second Souffle), Amélie P. (Fondation Crédit Coopératif), Gabrielle P. (Rejoué), Daniel R. (Amnesty International France), Houlaïfat S.O. (Rêv’Elles), Guillaume S. (Bergams) Guillaume T. (Planète Urgence) et  Eric T. (Carton Plein).  Enfin des remerciements chaleureux à l’équipe de la Fondation Entreprendre qui nous a accueilli.es dans un contexte événementiel ... compliqué : Thibault de Saint-Simon, Nathalie Fantino et Stéphanie Begaud.

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