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L’actus
du Pro Bono

Agents publics et pro bono : l'exemple d'une Fondation territoriale

La série d'entretiens "Agents publics et pro bono*" explore les pistes de mise en oeuvre de programmes pro bono ou de mécénat de compétences au sein du service public. La Fondation du Nord, fondée par le Département du Nord et 10 entreprises du territoire, a expérimenté un programme pro bono.

Sarah est chargée de mission au sein de la Fondation du Nord, une fondation territoriale impulsée par le Département du Nord et qui réunit à ses côtés 10 entreprises du territoire. Celle-ci crée un nouvel espace de dialogue entre le privé et le public, soutient des projets en matière d’inclusion et encourage des innovations sociales. Son objet : le retour à l’emploi des personnes qui en sont les plus éloignées, l’autonomie des personnes en situation de handicap et l’accompagnement des jeunes en difficulté. La fondation est animée par deux personnes. Sarah y consacre 80% de son temps. Au sein de la Fondation, deux personnes s'occupent du mécénat.

1. Comment fonctionne votre Fondation par rapport au Département ?

Je suis salariée du Département et mise à disposition de la fondation pour une grande partie de mon temps. Un service mécénat a été inauguré créé en 2016 pour structurer la pratique au sein de la collectivité. Au départ, les stratégies de mécénat concernaient surtout la culture pour accompagner les musées départementaux. Aujourd’hui, nous avons aussi une stratégie de mécénat sociétal avec la fondation. C’est dans ce cadre-là que nous avons initié la pratique du pro bono.

2. Où en est votre collectivité par rapport au pro bono ?

Nous avons eu recours au pro bono pour l’accompagnement d’un 1er projet, ETHAP, en 2019. Nous avons mobilisé des volontaires au sein des entreprises de la fondation mais aussi au sein du Département. Un agent de la collectivité a pu participer au programme Pro Bono Booster.

Il a consacré un peu de son temps et mis à profit son expertise. Si le mécénat de compétences n’est pas encore structuré et réglementé au sein de la collectivité, nous sentons, toutefois, un réel potentiel. Le Département est la collectivité des politiques de solidarité, il y a des ressources incroyables en interne dont peuvent bénéficier les associations. Cette première expérience a permis de donner à voir ce qu’est le pro bono.

Les agents, de par leur expertise métier, ont beaucoup à apporter.

3. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette expérimentation ?

ETHAP, qui emploie des personnes en situation de handicap, pour les remettre dans le circuit de la vie professionnelle, s’est rapprochée de la fondation sur les conseils de collègues du Département. Cette association, située dans le Douaisis, souhaitait développer un nouveau projet de remise à l’emploi des personnes au RSA avec la création d’un centre de formation. Elle est d’abord venue nous voir pour un soutien financier mais nous avons tout de suite compris que son besoin était avant tout de la compétence pour l’aider à structurer son projet.

Le projet a été présenté au comité exécutif de la Fondation qui a validé son accompagnement.

Nous avions besoin de nous appuyer sur un acteur de l’engagement. Nous avons connu Pro Bono Lab par l’intermédiaire d’une des entreprises de la fondation, EDF Hauts-de-France, qui avait déjà un partenariat avec eux au niveau national.

Une première mission pro bono a été organisée, mais nous avons jugé que ce n’était pas suffisant. Nous avons prolongé l'accompagnement avec plusieurs autres missions (programme Pro Bono Booster de Pro Bono Lab).

Dans le cadre de ce programme, nous sommes allés chercher des volontaires parmi les collaborateurs des 10 entreprises de notre collectif, et parmi les équipes du département ayant une expertise dans les politiques sociales. Le groupe de travail était très diversifié : agents de la fonction publique, collaborateurs d’entreprise, senior et étudiants. Une belle traduction de l’ADN de la Fondation, créée par un collectif public - privé qui souhaite décloisonner les mondes et faire travailler les gens ensemble.

Cette première expérimentation s'est extrêmement bien passée et a généré un réel impact social. Nous avons donc souhaité renouveler notre partenariat avec Pro Bono Lab en 2020 pour accompagner 7 structures à finalité sociale. Un appel à candidature a été lancé pour couvrir l’ensemble du territoire. Plusieurs collaborateurs des entreprises de la fondation se sont mobilisées : EDF, Renault, Ramery, Lesaffre, Département du Nord...

4. Quelles ont été les différentes étapes de votre expérimentation avec ETHAP ?

. Identification de l’association et organisation d’une première mission pro bono  (une journée Marathon Pro Bono);
. Suite à cette première journée de travail, au vu de la problématique et des chantiers identifiés, la poursuite de l’accompagnement était nécessaire pour que l’action soit efficace. Pro Bono Lab nous a proposé un nouveau programme, le Pro Bono Booster, format sur 6 mois qui était expérimenté pour la première fois.
. Mise en place par Pro Bono Lab des différents formats sur les sujets identifiés : un trail (3 x 2h) sur les ressources humaines, un sprint (demi-journée) sur le volet communication, puis une ou deux missions d'une journée sur la recherche de financements ;
. Sollicitation des membres du collectif afin de mobiliser des volontaires pour chaque format ;
. A l'issue des 6 mois du programme, un événement de restitution a eu lieu. L’ensemble des volontaires et des partenaires de l’association ont été invités, mais aussi tout le collectif de la fondation et les élus du territoire. Toutes ces personnes ont pu découvrir les bénéfices du pro bono. Le président d’ETHAP, Bruno Decherf, a précisé que cet accompagnement leur avait permis de gagner une année et demie dans la concrétisation de leur projet.

5. Quelles étaient les motivations pour faire du pro bono et de qui cette volonté découlait-elle ?

La Fondation a souhaité, à son démarrage, soutenir des projets en mécénat financier mais aussi en mécénat de compétences. En tant que fondation territoriale, elle s’est fixée d’aller dans des territoires ou les associations bénéficient moins d’accompagnement et d’ingénerie.

La connexion entre la fondation et le Département a permis de renforcer et/ou développer le pro bono dans les entreprises de notre collectif et de l’initier, à petite échelle pour le moment, au sein de la collectivité.

En interne au Département, les agents en charge des politiques sociales reconnaissent l’intérêt du pro bono. Les besoins des associations ne sont pas que financiers. Les subventions allouées par les collectivités territoriales aux associations évoluent. Les formes d’accompagnement doivent donc se diversifier. Les agents, de par leur expertise métier, ont beaucoup à apporter.

Côté Département, il y a un travail d’information et de pédagogie à réaliser pour répandre la pratique du pro bono. Aujourd’hui nous en sommes au stade de l’expérimentation, mais la connaissance du tissu associatif est un vrai plus.

6. Y a-t-il eu des freins, et si oui, lesquels ?

La Fondation départementale est un intermédiaire, qui fédère différents acteurs. Il revient aux entreprises de relayer le message pour convaincre leurs équipes, en interne, de s’engager dans la démarche. On s’appuie aussi beaucoup sur les volontaires, qui après une première mission, deviennent des ambassadeurs du mécénat de compétences au sein de leur structure.

Côté Département, il y a un travail d’information et de pédagogie à réaliser pour répandre la pratique du pro bono. Aujourd’hui nous en sommes au stade de l’expérimentation mais la connaissance du tissu associatif est un vrai plus. La mixité entre agents territoriaux et salariés d’entreprises pour ces formats d’accompagnement a une réelle valeur ajoutée

Des travaux sont en cours, au national, sur le mécénat de compétences dans la fonction publique. Nous espérons qu’ils permettront de démocratiser cette pratique du pro bono pour les agents.

7. Qui a financé cette expérimentation?

C’est la fondation qui a financé cette expérimentation. Le programme Pro Bono Booster a été validé par les membres du comex.

8. Quel cadre est utilisé du point de vue de la collectivité (législatif notamment) : bénévolat ou mécénat ?

La mobilisation d’agents pour le Pro Bono Booster n’est pas rentrée dans un cadre réglementé. Les personnes sont intervenues sur leur temps de travail en consacrant une journée à la mission. Des travaux sont en cours, au national, sur le mécénat de compétences dans la fonction publique. Nous espérons qu’ils permettront de démocratiser cette pratique du pro bono pour les agents.

9. Quel type d’associations accompagnez-vous ?

Les associations accompagnées sont en lien avec les champs d’action de la fondation :
. Le retour à l’emploi ;
. La politique d’inclusion des personnes âgées et des personnes en situation de handicap ;
. L’accompagnement des jeunes les plus fragiles, notamment ceux issus de l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance).

Un tel accompagnement [en compétences] peut être un plus [pour les associations] dans la recherche de financements : un projet structuré, consolidé, grâce à du mécénat de compétences, peut rassurer.

10. Que pensez-vous de l‘articulation mécénat financier-mécénat de compétences ?

Aujourd’hui, on constate que les associations connaissent peu le mécénat de compétences.

Notre département est grand, avec des inégalités territoriales. Nous souhaitons prioriser l’accompagnement de projets dans ces territoires plus isolés et cet accompagnement passe aussi par de la mise à disposition de compétences. C'est aussi un territoire où les valeurs d’engagement, de solidarité, et d’entraide sont très fortes. Même si le pro bono n’y est pas encore très connu, il y a un réel potentiel pour le développer en lien avec les acteurs du territoire.

La Fondation souhaite donc aller davantage sur ce terrain. Un double accompagnement mécénat de compétences / mécénat financier est possible. D'ailleurs, un tel accompagnement peut être un plus dans la recherche de financements : un projet structuré, consolidé, grâce à du mécénat de compétences, peut rassurer.

Les retours des associations accompagnées sont très positifs. : ils nous disent à chaque fois que l’expérience est très valorisante et qu’elle permet d’apprendre au contact des autres.

11. Menez-vous des études d’impacts ?

Oui, en lien avec Pro Bono Lab, nous mesurons l’impact des programmes d’accompagnement sur du court et moyen terme. Nous l’avons fait pour les 7 associations accompagnées en 2020.

12. A titre personnel, quelles sont vos connaissances sur le mécénat et bénévolat de compétences ? Quelle appétence ?

Avant de nouer ce partenariat avec Pro Bono Lab, je connaissais le mécénat de compétences, plutôt à travers la mise à disposition de collaborateurs en fin de carrière ou travers les chantiers solidaires. J’ai été très vite convaincue par ce que proposait Pro Bono Lab : sa méthode, son efficacité et sa capacité à mobiliser des personnes et des expertises très variées au service d’associations.

En plus de répondre à un besoin, la démarche est extrêmement positive. Elle permet de réunir des univers différents et de mobiliser des profils très variés. On arrive à identifier tout de suite les bonnes problématiques et à y apporter des réponses concrètes et rapides. L’association qu’on accompagne dispose ensuite d’une feuille de route très opérationnelle. Il y a une notion d’efficacité qui est assez bluffante.

Les retours des salariés d’entreprises sont très positifs : ils ont jugé que l’expérience était valorisante et qu’elle permettait d’apprendre au contact des autres. Pour moi, ces retours seraient les mêmes si la pratique était généralisée au niveau des agents.

Les retours des associations accompagnées sont très positifs. : ils nous disent à chaque fois que l’expérience est très valorisante et qu’elle permet d’apprendre au contact des autres. Ces temps de travail sont aussi des temps de rencontres qui permettent de croiser des univers (entreprises, collectivités, associations) et malgré ces différences de culture et de savoir-faire, on constate toujours beaucoup de curiosité et bienveillance entre les participants.


* Nous parlons dans cette série de "pro bono" et non spécifiquement de mécénat de compétences : le mécénat de compétences est un dispositif fiscal qui, dans les faits, ne pourrait s'appliquer à des acteurs publics.

** Les entretiens ont été anonymisés, certaines initiatives étant menées de manière officieuse par les agents.

💡 La série d'entretiens "Agents publics et pro bono" a été réalisée entre décembre 2019 et mars 2020. Ses 8 entretiens explorent les pistes de mise en oeuvre de programmes pro bono ou de mécénat de compétences au sein du service public. Retrouvez les autres entretiens ci-dessous :

👉 Agents publics et pro bono : le dispositif de congés solidaires d'un département breton

👉 Agents publics et pro bono : témoignage de Quentin, maire

👉 Agents publics et pro bono : témoignage de Lisa, DRH

👉 Agents publics et pro bono : témoignage de Sylvie, adjointe à l'ESS

👉 Agents publics et pro bono : un lien fort entre service public et associations


©️ Photo by Anouk Desury

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